Le livre de Régis Moreau, l'affaire Judas aux éditions Trajectoire, se présente comme une enquête et se lit comme une enquête. Et pour cause ?
L'auteur reprend les éléments connus dans les Évangiles, croise les différentes interprétations faites par les évangélistes et nous donne de la matière pour réviser notre jugement sur ce personnage rendu tristement célèbre par son acte de bassesse.
Si la démarche est osée pour certains, inconcevables pour d'autres, pour besoindesavoir, il était intéressant d'avoir une conversation avec Régis Moreau, qui nous offre une autre proposition de l'histoire. Une version qui lève le voile sur les contradictions et les incohérences des faits rapportés par les Évangiles. Une histoire qui, pour l'auteur, aurait été un mythe et servi des intérêts particuliers.
"Et si Judas n'avait pas trahi Jésus ? La question est déroutante pour ne pas dire dérangeante. N'est-ce pas un sujet délicat à traiter quand on sait que Judas a toujours été reconnu comme un traître célèbre dans l'histoire de l'humanité ?
Régis Moreau : L'histoire de Judas est ancrée dans l'histoire du Catholicisme. Le lecteur doit savoir aborder le sujet sans a priori, sans passion.
Surtout s'il a suivi un enseignement religieux ! Pas facile quand on a appris que Judas était celui qui avait livré Jésus; Judas était le bourreau et Jésus la victime.
Régis Moreau : C'est effectivement une démarche, un effort qui peut être difficile à faire pour certaines personnes. Mais j'ai écrit ce livre sans aucune intention de conflit. ( Ndlr : La réflexion est ouverte. L'auteur l'écrit ainsi : " Aujourd'hui la liberté que nous avons gagnée de pouvoir nous exprimer sans craindre le châtiment permet de revenir sur cette condamnation rarement remise en cause (... ).
Si Régis Moreau donne au lecteur toutes les pièces du dossier d'un homme reconnu coupable d'une trahison envers son maître, il pose une question essentielle dans l'histoire : " pourquoi Jésus aurait-il accepté parmi les Douze celui qui serait à l'origine de sa perte ? "
Il offre au lecteur des hypothèses :" le disciple a peut-être su tromper son entourage en cachant sa vraie personnalité mais contredit alors son savoir supérieur, tel qu'il est attesté dans les Évangiles. Une autre possibilité existe : Jésus sait ce qu'il fait en prenant Judas près de lui. Il devine que ce disciple sera celui qui l'amènera à faire l'ultime sacrifice, celui de sa vie. Paul développera cette interprétation, reprise ensuite par l'Église ( ... )
Un lecteur " objectif " ne peut que s'interroger à la lecture de vos propos. Pourquoi avoir révisé la tradition classique de la trahison ?
Régis Moreau : Comme de nombreuses personnes, je suis allé au catéchisme et j'ai souvent entendu des discours pas toujours cohérents, parfois illogiques; bref cette façon d'enseigner m'a étonné ( ... ) la façon dont sont rapportés les faits sont incohérents : durant la Cène, par exemple, à l'annonce de la trahison, les disciples sont apathiques et continuent leur repas.
Or, étrangement Paul n'en parle pas, tout commence avec Marc ( ...). Cherchant à faire la lumière sur Judas, cela m'a permis aussi de faire le point avec mes propres croyances ( ...)
Vous consacrez un long chapitre sur la Cène, un élément clé dans l'histoire, et apportez une autre interprétation sur l'annonce même de Jésus.
Régis Moreau : La Cène désigne le dernier repas que Jésus et ses disciples prennent ensemble avant son arrestation, puis sa mise à mort. Au cours du fameux repas, Jésus fait une annonce incroyable; aux Douze réunis autour de lui, il certifie l'imminence de sa disparition en affirmant qu'elle sera le résultat de la trahison de l'un d'entre eux.
Si l'on veut bien s'arrêter aux mots précis employés par Jésus, à cet instant il ne parle pas de traître mais de quelqu'un qui va le livrer. Par habitude et conditionnement, un amalgame est fait entre ces deux expressions.
Extrait : " Dans les textes grecs, les évangélistes Marc, Jean et Mathieu emploient précisément le verbe paradidômi, dont la correspondance latine est trahere et les équivalents hébreu et araméen sont masar et mesar. Le sens de ces verbes est neutre et leur champ sémantique est large. Ils peuvent tout aussi bien dire " faire connaître, accorder ou transmettre " que " remettre, donner, ou livrer". Si nous regardons dans le Nouveau Testament, paradidômi n'est jamais lié à l'abandon ou à la trahison. Le verbe est employé quand il s'agit de transmission. Il se retrouve dans les lettres de Paul ... "
L'ambiguïté du terme est connue précise Régis Moreau, démontrant cependant que " tout est fait par les évangélistes pour que le lecteur se penche vers l'idée de déloyauté et non celle de transmission".
Docteur en sociologie, Régis Moreau est l'auteur de ''L'affaire Judas'' publié en aux éditions Trajectoire en avril 2010 et de l'ouvrage ''Dans le cercle de Jésus'' aux éditions L'Harmattan
Vous avez reconstitué une histoire qui s'est déroulée au 1er siècle en Palestine, sans pour autant "noyer" le lecteur dans un trop plein d'explications.
Régis Moreau : Je suis Docteur en sociologie et j'ai toujours été soucieux de présenter les choses clairement, évitant un jargon difficile qui rebute, cherchant à rendre le plus clair possible la restitution de mes écrits. Un sujet tel que celui-ci demande la prise en compte de l'ensemble des faits : les faits historiques connus mais également les textes qui se contredisent; j'ai voulu rendre ce livre accessible à tous, l'alléger sans nuire à la qualité du propos.
Au-delà de votre intérêt pour le sujet, qu'elle a été votre intention dans l'écriture ?
S'il devait y avoir un message derrière ce livre, ce serait celui-ci : " ne laissez pas les gens penser à votre place, forgez votre propre opinion sur les éléments donnés... ... faites votre chemin vous-même ! ".
Si l'on veut bien avoir un regard "neutre" sur l'histoire - vous réussissez d'ailleurs à opérer ce changement de posture chez le lecteur - l'histoire de Judas illustre bien l'écart entre le crédit accordé à un récit ( sur lequel chacun fonde ses croyances ) et l' interprétation. La frontière entre vérité et réalité est bien ténue, non ?
Régis Moreau : C'est ainsi dans tous les textes des Évangiles. C'est pourquoi ce livre est aussi une invitation à lire différemment l'interprétation du message de Jésus. J'ai procédé avec méthode, citant bien évidemment les éléments connus. ( Ndlr : Régis Moreau invite ainsi le lecteur à " prendre place dans le tribunal et à se faire son propre jugement ")
Je me suis mis dans la peau d'un enquêteur, prenant point par point les preuves et les témoignages en remontant à la source de l'affaire qui a condamné Judas. ( Ndlr : les résultats de l'enquête sont présentées au fil des pages et les déductions ne peuvent laisser le lecteur insensible).
Extrait : " Toute traîtrise suit un mécanisme impliquant trois temps : une phase d'amitié entre deux personnages, puis une coupure ou une rupture des sentiments, et enfin la trahison elle-même. Or dans les canoniques, la trahison de Judas échappe au schéma normal. La phase d'amitié est totalement ignorée. Certes, Judas est l'un des Douze mais il n'est jamais question d'une sympathie entre lui et Jésus : pas une confidence, même pas une parole accueillante. Du coup, le temps du changement d'avis n'existe pas : puisqu'il n'a pas de liens amicaux avec sa victime, il ne peut pas rompre avec ses premiers sentiments. Dès lors, on ne peut plus parler de trahison " ( ... )
Ce livre est-il le prolongement de votre premier ouvrage " Dans les cercles de Jésus ", publié aux éditions L'Harmattan ?
Régis Moreau : L'affaire Judas est le résultat d'un processus de réflexion qui a effectivement été accéléré par le premier ouvrage dans lequel j'analyse la vie du maître, sa mort et les liens qui l'unissaient à ses disciples comme à ses ennemis. ( ... ) Il faut savoir que l'Évangile de Marc a été le premier texte parlant de trahison; Luc, Mathieu et Jean n'ont pas apporté de preuves supplémentaires.
Par la force et la précision de vos arguments, vous avez, tel un avocat, réhabilité Judas ?
Régis Moreau : Je suis effectivement parti d'une hypothèse, cherchant à comprendre comment et pourquoi ce disciple élu a été écarté.
D'autres auteurs ont tenté de traiter le sujet avant vous. Où est l'originalité de vos propos ou de votre démarche ?
Régis Moreau : Il y a effectivement des ouvrages qui ont apporté des preuves, mais elles sont essentiellement théologiques, soulignant ainsi que l'Église était sur une mauvaise voie. Moi, je suis parti d'une hypothèse : et si Judas n'avait pas trahi ? et j'ai tenté par la justesse d'arguments d'avancer et de solidifier ma position.
Aimeriez-vous débattre demain sur cette thèse ?
Régis Moreau : Oui, il serait intéressant de discuter avec des personnes qui seraient en accord avec ces arguments, ceux qui pourraient apporter un bémol de contradiction mais aussi ceux qui manifesteraient leur profond désaccord.
Cela ne pourrait se faire qu'avec des personnes sereines et maîtrisant le sujet ?
Régis Moreau : Cela va de soi. Comme je l'ai évoqué tout à l'heure : pour en débattre il faut dépassionner le sujet.
L'histoire pourrait être un excellent script de film : vous avez rassemblé tous les éléments pour pouvoir créer une version cinématographique. Vous l'a-t-on dit ?
Régis Moreau : Ceci pourrait être une bonne chose.
Y a-t-il des ouvrages ou des auteurs qui vous ont donné l'impulsion d'écrire ou qui ont été le déclencheur ?
Régis Moreau : Oui, le livre d'Edelmann, Jésus parlait Araméen, a marqué un tournant dans mes réflexions.
Une affaire de condamnation passionnante à lire... ... avant de la voir peut-être au cinéma !
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Sacha Distel passe en vedette et assiste sa jeune "collègue" à faire les premiers pas dans le célèbre
music-hall de Bruno Coquatrix.

Laure Collière qui avait été répétitrice de chant à l'Opéra d'Avignon. Pendant deux longues années Laure
Collière fera tout pour que Mireille apprenne le solfège.




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