Père Paul-Marie de Mauroy, f.j
Personnellement, j'ai réfléchi à ce problème à partir de la philosophie du vivant puisqu'il s'agissait d'une hypersensibilité. Je ne suis pas spécialiste de cette discipline, mais ma
pauvre connaissance en ce domaine m'a beaucoup éclairé. Un regard de Sagesse à partir du Créateur permet de mieux mettre en lumière la finalité et de situer la médiumnité plus nettement par
rapport à cette finalité pour pouvoir utiliser le discernement théologique que nous avons préconisé.
Le vivant humain est complexe. Il se caractérise par une certaine autonomie de vie. Il dépend d'un milieu vital, mais sa vie lui appartient au sens où il
opère des opérations vitales de lui-même. Tout ce que je dis là demanderait un développement plus important, ce sont des conclusions de la philosophie du vivant qui présupposent toutes une
analyse que nous n'avons pas le temps de faire ici.
Cette vitalité, dont le vivant a la source en lui, est limitée. Le sport nous montre fameusement les limites de cette vitalité. Le vivant humain utilise
cette vitalité comme il le veut, mais il est déterminé dans la nature de ses opérations vitales. On peut regrouper ces opérations vitales en trois degrés de vie à partir de l'expérience que
nous faisons des autres vivants. Comme les plantes, l'homme se nourrit et respire. Comme les animaux, il sent, sa vie est sensible. Enfin, ce qui lui est propre est le degré de vie
spirituelle, l'esprit. Faisons attention que la vie spirituelle dont je parle ici, est la vie de l'esprit au plan naturel et non pas au plan surnaturel. Il s'agit de la vie de
l'intelligence et de la volonté qui sont les principales facultés de l'âme spirituelle.
La vitalité limitée de l'homme se répartit donc dans ces trois degrés de vie. Le développement de la vitalité de l'homme à partir des opérations vitales
fait partie de la croissance de la nature humaine dont nous parlions dans la dernière conférence. Pour que la nature humaine, du point de vue de la vie, se développe en personne, il faut
que la vitalité se déploie dans le vivant selon un ordre de finalité, ce qui suppose que l'homme lui-même est finalisé (Cette finalité regarde en l'être personnel de l'homme ne peut être
découverte qu'en métaphysique. Ainsi la métaphysique donne à la philosophie du vivant sa finalité). Tout doit donc être ordonné à la vie de l'esprit. Une anomalie peut se produire, ce qui
est le cas du médium, où tout le capital de vie est comme cristallisé autour du degré de vie sensible, et ceci se fait en dehors de la volonté immédiate du médium.
On comprend alors que le médium a un senti ou un ressenti très développé, plus que d'ordinaire et peut avoir des perceptions plus que les autres,
non-médiums n'auront pas. Plus qu'un aveugle qui a développé son ouïe et son toucher, le médium a une hypersensibilité. On peut donc dire en fin de compte que la médiumnité, en tant que
développement de la vie sensible au détriment des autres degrés de vie, est une anomalie chez le vivant par rapport à sa finalité (Cette anomalie ne peut être mise en lumière que par une
métaphysique de la personne où l'on découvre que la personne humaine est faite pour contempler Dieu).
Notons enfin que la médiumnité est un état stable de la vitalité du vivant. On peut dire qu'elle est analogue à un habitus. L'habitus est une disposition
stable.
L'église a encore des efforts a faire.................