Par Reynald Roussel
Raspoutine
« Je mourrai dans des souffrances atroces. Après ma mort, mon
corps n’aura point de repos. Puis tu perdras ta couronne.
Toi et ton
fils vous serez massacrés ainsi que toute la famille. Après,
le déluge terrible passera sur la Russie.Et elle tombera entre les
mains du Diable. » Prédiction de Raspoutine faites au Tsar. Pour
certains, Grigori Lefimovitch Raspoutine était un saint homme,
pour d’autres un fou furieux.
Le 23 janvier 1871, dans village de Pokrovskoïé, naissance d’un
personnage exceptionnel : Grigori Lefimovitch Raspoutine !
La vie est rude, l’existence rustique, la vodka – une boisson
courante très (trop) appréciée de tous – est consommée en grande
quantité par les jeunes et les moins jeunes. L’instruction n’existe
pas. Grigori n’apprend les rudiments de la lecture et de l’écriture
qu’au cours de ses voyages, à l’âge adulte.
Très vite, on se rend compte qu’il est « différent ». Il possède
un pouvoir d’apaisement, voire de guérison sur les animaux.
Au cours d’une baignade dans une eau glacée, il est victime
d’une pneumonie, ainsi que son frère qui, lui, en meurt. Dès cette
époque, il a aussi des moments de mysticisme et va à la rencontre
des moines sages, les staretz, pour suivre leur enseignement
religieux.
Cela ne canalise en rien son débordement d’énergie et ses
pulsions diverses dont une sexualité exacerbée qu’il assouvit
facilement. Il a des yeux bleu clair, le regard hypnotique et très
perçant.
Un jour qu’il travaillait dans les champs, il a la vision, au bout
d’un sillon, d’une vierge lumineuse, semblable à celle découverte
à Kazan.
Il raconte sa vision à l’ermite Makari qui lui conseille se
s’investir davantage dans la religion orthodoxe et de se rendre au
mont Athos, en Grèce, à plus de 3 000 km de là !
En cours de route, il va se trouver en contact avec les sectes
Khlysty qui mêlent, par la danse et l’extase, érotisme et religion...,
ce qui convient parfaitement à sa nature. C’est là qu’il va effectuer,
par le pouvoir de la prière, sa première guérison, mais il dira
toujours
« Ce n’est pas moi qui guéris, c’est Dieu. »
Des fidèles, toujours plus nombreux, viennent à ses réunions,
amenant des malades sur lesquels il exerce un réel talent de
« guérisseur ». Sa réputation s’étend jusqu’à Kiev et Kazan.
C’est à partir de l’année 1903 – il est alors seulement âgé de
trente ans – que son destin va changer et va se trouver lié à l’empire
des tsars.
À l’invitation de la grande-duchesse Militza qui l’avait rencontré
à Kiev, il se rend, sans se presser, à Saint-Pétersbourg, capitale
de l’empire russe depuis Pierre le Grand.
Son descendant, Nicolas II, y règne depuis 1894. Homme
discret, fidèle époux de l’impératrice Alexandra, c’est un bon
père de famille, mais il n’est pas préparé à son rôle d’autocrate.
En cours de route, il s’arrête à Sarov pour assister à la cérémonie
de canonisation du moine Séraphim exceptionnellement
ordonnée par le tsar.
Devant l’assistance réunie, Raspoutine entre en transe et prévoit
la naissance d’un héritier au trône (les époux impériaux ont déjà
trois filles).
Le 12 août 1904, naît le tsarévitch Alexis.
Malheureusement, on découvrira quelque temps après qu’il
souffre d’hémophilie (son sang ne coagule pas et toute contusion
ou plaie apporte des hémorragies difficilement contrôlables et
très douloureuses pour l’enfant).
Raspoutine, enfin arrivé à Saint-Pétersbourg, rencontre d’éminents
religieux qui le considèrent alors comme un « envoyé de
Dieu ». Puis, il retourne au pays et ne reviendra à Saint-Pétersbourg
qu’en 1905, au début d’une nouvelle tourmente révolutionnaire.
De retour à Saint-Pétersbourg, en 1906, il est invité à des réceptions
mondaines et a de nombreux « disciples », essentiellement
des femmes dont beaucoup cèdent à son charme hypnotique...
L’année suivante, le tsarévitch Alexis, suite à des contusions,
est victime d’hémorragies internes que les médecins n’arrivent
pas à contrôler et qui le font énormément souffrir. En désespoir
de cause, on en avertit Raspoutine que l’on trouve, ivre, dans
une taverne. La nouvelle le dégrise aussitôt et il se rend au palais
où, après avoir béni la famille impériale, il entre en prière. Au
bout de dix minutes, épuisé, il se relève en disant « ouvre les
yeux, mon fils ». Le tsarévitch se réveille en souriant et, dès ce
moment, son état s’améliore rapidement.
De là, il aura ses entrées permanentes au palais et sera reçu
officiellement
à la cour. Par contre, il mène toujours une vie dissolue
et s’enivre régulièrement.
Après un pèlerinage en Terre sainte, il est de retour chez lui, en
1912, lorsque, tout à coup, il ressent un choc intérieur et s’écrie :
« le tsarévitch est touché ». Le lendemain de cette prémonition,
Alexis est effectivement victime d’une nouvelle hémorragie
interne très importante risquant d’entraîner sa mort. Il reçoit
même l’extrême-onction. La tsarine fait expédier une dépêche à
Raspoutine qui, aussitôt averti, se met en prière devant l’icône
de la vierge de Kazan. Quand il se relève, épuisé, il expédie au
palais le message : « N’aie aucune crainte. Dieu a vu tes larmes
et tes prières. Ne te désole pas, ton fils vivra. »


À la réception du message, l’enfant va déjà mieux et les médecins
vont bientôt le déclarer hors de danger !
De ce moment, même les plus hostiles au staretz doivent
convenir qu’il s’est produit là quelque chose de quasiment miraculeux.
Raspoutine, un envoyé de Dieu.
COPYRIGHT EDITION TRAJECTOIRE REYNALDROUSSEL





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